Eugène Fournier

Eugène Fournier (1871-1941) était un professeur de géologie et de minéralogie à la Faculté des sciences de Besançon et collaborateur principal au service de la carte géologique de France (BnF, 2018). Né le 28 décembre 1871 en Bretagne (Spelunca, 1988, p. 49), il se distingua très tôt dans le domaine scientifique. Après avoir poursuivi ses études à Bayonne puis à Marseille, il obtint une licence et un doctorat en sciences naturelles, se spécialisant en géologie. En 1896, Fournier commença à enseigner la géologie à l’Université de Besançon (aujourd’hui l’Université de Marie et Louis Pasteur), où il devint doyen de la Faculté des sciences de 1918 à 1921 (Spelunca, 1988, p. 49).

Fournier, à la fois modeste et peu préoccupé de son apparence, est décrit comme étant « un petit homme corpulent, peu compliqué, vêtu d’une veste et d’un pantalon de toile, sans chemise, les pieds nus dans les espadrilles ; son bagage personnel consistait, en tout et pour tout, en un carnet de deux sous et un bout de crayon dans sa poche » (Billuart, 1971, p. XV). Cette simplicité se manifestait également dans son engagement professionnel et académique, où il se consacrait entièrement à la géologie et à l’enseignement, sans chercher à attirer l’attention sur sa personne. Il poursuivit ses activités d’enseignement jusqu’en 1935, date à laquelle une maladie l’obligea à prendre sa retraite. Il décéda le 17 avril 1941 à Besançon (Spelunca, 1988, p. 49).

Les recherches de Fournier se concentrèrent sur des régions telles que le Doubs, le Jura, le Quercy, la Provence, les Grands Causses et les Pyrénées occidentales. Ces terrains variés lui permirent de développer des idées novatrices en tectonique générale, en remettant notamment en question les théories dominantes de l’époque, telles que le « nappisme ». Il est aujourd’hui reconnu comme un précurseur de nombreuses théories tectoniques modernes (Spelunca, 1988, p. 49). En outre, selon Pasian et Jeannoutot (2010), Fournier participa à une multitude de projets d’envergure, incluant des travaux sur des tunnels et des barrages, mais aussi des études portant sur l’implantation de cimetières et d’établissements insalubres, ainsi que la gestion de 2032 projets de captages d’eau potable (p.10).

Fournier réalisa plusieurs centaines de colorations, dont la plus célèbre est celle des pertes du Doubs, effectuée en 1910 avec 100 kg de fluorescéine, ce qui fit de lui l’un des experts mondiaux de cette technique (Pasian & Jeannoutot, 2010, p. 10). Il élabora également des théories sur l’importance prépondérante de la corrosion, l’abandon de la notion de nappe, la classification des sources (résurgences, exsurgences), les captures souterraines, la délimitation des bassins d’alimentation, l’absence de filtration des eaux karstiques (Pasian & Jeannoutot, 2010, p. 10). De plus, il fut reconnu comme « le véritable inspirateur de la loi Martel » (Pasian & Jeannoutot, 2010, p. 10). Dans son ouvrage « Explorations en Franche-Comté, Les Gouffres » (1923), il prit une position forte contre la contamination du sous-sol calcaire par des rejets polluants : « Les charniers au fond des gouffres sont un grave danger pour la santé publique. Le cultivateur qui jette une bête morte au fond d’un gouffre est un malfaiteur : les pénalités prévues par la loi pour réprimer de telles pratiques, indignes d’un pays civilisé, sont insuffisantes » (Fournier, 1923). Son travail ne se contentait pas de repousser les limites de la géologie, mais visait également à sensibiliser le public aux dangers environnementaux de son époque, préfigurant des préoccupations modernes liées à la pollution et à la conservation des ressources naturelles.

Son approche scientifique n’était pas seulement théorique, mais aussi très ancrée dans des méthodes d’exploration rigoureuses. Un récit de Billuart (1971) décrit ainsi ses pratiques de terrain :

Muni d’une corde de 50m, il s’amarrait par la ceinture, puis faisant tenir la corde par deux ou trois costauds, il sautait dans le trou, enfonçant les buissons, faisant dégringoler la pierraille. Suspendu au bout de sa corde, il atteignait le fond si celui-ci était à moins de 50m, sinon il se faisait remonter et sortait de son exploration, assez égratigné parfois, mais prêt à en recommencer une autre. (p. XV)

Cette anecdote met en lumière la confiance et la résilience de Fournier, illustrant une approche peu conventionnelle mais efficace face aux défis du terrain. Billuart (1971) poursuit en expliquant que, pour Fournier :

En géologie, Fournier considère que l’exploration des cavités réalise à juste titre un sondage géologique et humain, certe sur une brève profondeur, car la pénétration de l’homme est infime par rapport à la dimension que les géologues désirent appréhender. La descente d’un abîme permet de vérifier la suite des différents étages, d’observer les pendages des couches, les plissements, les accidents tectoniques. (p. XVI)

Cette citation révèle non seulement la rigueur scientifique de Fournier, mais aussi sa perception de l’exploration comme un moyen d’observer les structures géologiques en profondeur, tout en soulignant la limite de l’exploration humaine par rapport à la vastitude des phénomènes géologiques. Comme le souligne Billuart (1971) :

Lorsqu’on relit ses campagnes d’exploration, on reste confondu par l’accumulation des difficultés matérielles rencontrées : transport en traineau d’hiver, longues marches d’approche par n’importe quel temps à une époque où les moyens de locomotion n’étaient pas ceux que nous connaissons aujourd’hui, explorations éclairées à la bougie, matériel très encombrant et lourd qu’il fallait acheminer et remonter, puis retour à Besançon en pleine nuit parfois. (p. XV)

Ces témoignages illustrent non seulement la nature difficile et laborieuse de ses explorations, mais aussi le dévouement de Fournier à la science, prêt à risquer sa propre sécurité pour approfondir sa compréhension géologique.

Ainsi, Eugène Fournier laisse un héritage durable dans le domaine de la géologie, tant par ses recherches innovantes que par son engagement envers la préservation de l’environnement et la santé publique. Il continue d’influencer les pratiques modernes en géosciences et reste une référence essentielle pour les chercheurs et les étudiants d’aujourd’hui.

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Bibliographie

Bibliothèque nationale de France. (2018). Fournier, Eugène (1872-1941). Consulté à l’adresse https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb321215136

Billuart, C. (1971). L’œuvre spéléologique de Fournier. Actes du Colloque d’hydrologie en pays calcaire. Annales scientifiques de l’Université de Besançon, p. XIV-XX.

Fournier, E. (1923). Explorations souterraines en Franche-Comté, les gouffres [Extrait].

GIPEK. (2017–2024). [Fournier]. GIPEK. Consulté à l’adresse https://gipek.fr/

Pasian, D., & Jeannoutot, C. (2010, mai). Spéléologie et utilité publique [PDF]. Speleo-doubs.com. Consulté à l’adresse https://www.speleo-doubs.com/wp-content/uploads/2021/09/speleologie_utilite_publique-1.pdf

Spelunca. (1988). Spécial centenaire de la spéléologie, 31, 49-50. Fédération française de spéléologie. Consulté à l’adresse https://spelunca.ffspeleo.fr/198812_Spelunca_31.pdf